L’apprentissage assisté par ordinateur – le modèle de l’ordinateur-tuteur

- Magazine -, Réflexions autour du REL

Ou l’histoire de la machine qui voulait enseigner, épisode 2

Les ordinateurs-tuteurs, appelés aussi machines à enseigner, font partie de la même famille que les exerciseurs. Toutefois, ils se distinguent par une représentation du dialogue mieux adaptée ainsi que par une interactivité apprenant/machine mieux implantée. De même, certains tutoriels disposent de scénarios qui laissent la part belle à l’enseignant, s’il veut intervenir. Ils n’ont pas pour but l’apprentissage par cœur, la digestion d’une matière, non, ils visent plutôt le développement de l’intelligence par le biais d’une découverte guidée.

Un bon tutoriel doit disposer de certaines caractéristiques, comme par exemple, le contrôle de l’usager, qui doit pouvoir intervenir à tout moment, soit pour revenir en arrière, ou arrêter. Il doit aussi laisser à l’usager une certaine marge d’expression et offrir un feedback moins frustrant pour lui que le traditionnel « essaie encore ». De même, un bon tutoriel doit pouvoir offrir à l’apprenant la possibilité de s’évaluer en ligne, ainsi qu’il doit garder une trace du parcours de l’apprenant, de ses évaluations.

Le tutoriel peut se substituer à l’enseignant dans certains cas, bien particuliers :

  • Dans le cadre d’une révision autonome, où l’apprenant a la possibilité de revoir la matière à son rythme pour mieux l’assimiler, après, donc, une intervention d’un enseignant
  • Dans le cadre d’une stratégie d’apprentissage propre à l’apprenant. C’est à dire qu’il aurait la possibilité via un tutoriel de se constituer un certain bagage de connaissances, et ce à son rythme, avant de débuter un cours, par exemple

On voit donc que ces utilisations où l’enseignant n’intervient pas se font tout de même en complément d’un cours en présentiel.
Certains tutoriels proposent des simulations. Cette dimension est très attractive pour l’apprenant, et même si cela ne vaut pas la réalité, elle comporte bien des avantage :

  • Celui-là même de simuler la réalité quand celle-ci n’est pas accessible : par exemple, des simulations de tremblement de terre, de vie sous une autre époque, de dissections d’animaux dans des endroits où la loi interdit ces pratiques.
  • C’est souvent moins coûteux que des expériences « réelles ».
  • Par le biais de certaines mises en situation, les simulations peuvent provoquer des situations de coopérations entre les apprenants.

Il existe également des tutoriels de jeux. Ils remplacent généralement les exercices, et peuvent être assimilés pour les apprenants à des récompenses. Ils créent des conditions de stimulation et de compétition. Toutefois, il faut que les jeux soient dosés convenablement ; Il existe une frontière entre jeux et apprentissage, et les apprenants risquent de ne plus la distinguer clairement.

Quand la philosophie s’en mêle…

L’ordinateur tuteur est également appelé ordinateur socratique, en référence à l’heuristique et au principe de la découverte guidée. En effet, à l’Université de l’Illinois, au début des années 60 est mis en place un système appelé SOCRATES (System for Organizing Content to Review And Teach Educational Subjects). Il s’agissait en fait d’un dialogue entre un élève et un ordinateur auquel étaient reliés une douzaine de postes. Le dialogue était organisé sur le mode socratique, d’après un système de questions-réponses. Peu de temps après lui succéda PLATO (Programmed Logic for Automated Teaching Operations). Il s’agissait ici de relier 25 terminaux à un ordinateur ainsi qu’à un dispositif qui permettait d’afficher des diapositives graphiques. Au début, cela servait à afficher des exercices répétitifs. Puis, la technologie aidant, grâce à l’arrivée de Control Data 1604, il a été possible de diffuser simulations et tutoriels, qui sont devenus de plus en plus sophistiqués notamment grâce au langage-auteur TUTOR. Plato s’est répandu dans toute l’Amérique du Nord, ainsi qu’en Europe. En 1982, des logiciels de type Plato furent lisibles sur micro-ordinateurs, et Tutor est devenu Enbasic, puis Tencore.

Voilà pour la petite histoire, qui, bien évidemment ne s’arrête pas là…

Emilie Caudrelier

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