Dans l’enseignement traditionnel, l’enseignant a à sa disposition toute une gestuelle (les Italiens sont probablement plus forts dans ce domaine) pour expliciter son discours, or ce langage de la présence humaine ne me semble pas être « transcriptible » sur un support quelconque, excepté à en faire un film, mais comme tout film, on préfèrera le voir sur grand écran.
Par ailleurs, l’enseignant qui suit des élèves en « présentiel » apprend à les connaître, me semble-t-il, alors que dans le cadre d’une formation à distance (pour le CNED, par exemple, mais pas pour l’Enseignement À Distance de la Communauté Française de Belgique), l’élève a, pour une seule et même matière, de multiples interlocuteurs (un responsable pédagogique, une secrétaire pédagogique, un ou plusieurs correcteurs et parfois un enseignant).
Dans la formation à distance, l’élève peut avancer à son rythme, et ce rythme peut varier selon la partie du cours qu’il étudie. Le rythme est en général moins soutenu, mais plus régulier. Les coupures ne sont jamais longues, ce qui permet en définitive, de progresser plus rapidement. Par exemple, dans le cadre de l’apprentissage d’une langue étrangère, les coupures sont très néfastes et la régularité de la pratique, même légère, très payante. Par ailleurs, l’enseignement à distance offre l’avantage de fournir à l’élève quantité de supports audio dont il ne dispose pas dans l’enseignement traditionnel. Ces supports peuvent être utilisés et réutilisés à souhait, permettant à l’oreille de se faire à la musique d’une langue, de reconnaître les unités lexicales prononcées, etc..
La formation à distance me semble donc permettre un apprentissage plus personnalisé, et parfois plus performant. Toutefois, dans la mesure où elle intéresse moins de monde, entre autres car elle demande plus de volonté de la part de l’apprenant, elle est loin de couvrir l’ensemble des sujets traités par l’enseignement traditionnel. On entre là dans des problèmes de coût. Une formation à distance de niveau universitaire coûte très cher à l’apprenant (en France), alors que très souvent le coût en termes d’ « auteurs enseignants » n’est pas pris en compte.
Cette appellation d’« auteurs enseignants » met en évidence une autre des particularités de la formation à distance. Le support de cours fourni par celui-ci est très travaillé, très structuré, si bien qu’il devient un document souvent édité sous format papier ensuite (d’où un partenariat entre le CNED et de nombreux éditeurs, tels que Foucher, Vuibert, La Documentation Française, les éditions du CNFPT, etc.). L’élève du secondaire inscrit dans une formation à distance dispose donc à son domicile, d’un support didactique, pour autodidactes, permettant un entraînement en autonomie, une lecture suivie, et offrant une ressource structurée dans laquelle la recherche d’information est aisée. En revanche, le manuel traditionnel de l’élève inscrit dans une formation en « présentiel » est inutilisable pour la recherche d’information en autodidacte, car il est destiné à servir de support pendant le cours. Les exercices ne sont pas corrigés, pour que seul l’enseignant (ou les parents) puissent en donner la correction. Le manuel pose des questions sans jamais y répondre et mélange les documents sources, destinés à servir d’exemples à commenter, avec les synthèses et interrogations, tant et si bien, qu’en général les enfants ne l’utilisent pas sans injonction de l’enseignant et lui préfèrent le documentaire jeunesse.
Il faut ici spécifier que ces réflexions ne sont pas valables pour ces formes d’enseignement dans d’autres pays. Pendant une courte période, j’ai suivi en 1987, un enseignement en Allemagne, en allemand, dans une classe scientifique (l’équivalent d’une première). Nous devions lire des corpus de textes, des ouvrages, manuels. Pour chaque leçon, nous avions des textes à lire dans nos manuels. Pendant le cours, l’enseignant animait un débat sur le sujet prévu à l’agenda, personne ne notait rien (nous n’avions que des cahiers très minces de 24 pages, à minuscules carreaux, pour respecter l’environnement et il était très mal vu de gaspiller des feuilles). À la fin du cours, nous devions écrire une synthèse, de mémoire, et la rendre. Dans certains cours, on nous faisait prendre en notes une synthèse. Pour chacun des cours, l’élève devait se baser sur son manuel. Ainsi, personne ne perdait du temps à gribouiller à une vitesse effroyable des choses illisibles sur son cahier. Surtout, il y avait énormément de temps consacré à la réflexion sur nos lectures, aux questions que nous pouvions nous poser. Les séances d’exercices, en revanche, donnaient lieu à de l’encrage de papier. Les manuels, bien évidemment, étaient construits différemment.
Un autre des points que je voudrais aborder sur ce sujet, concerne l’introduction de nouveaux médias dans l’enseignement. J’ai particulièrement apprécié, lorsque j’étais inscrite au télé-enseignement universitaire, les cours radiophoniques. Je doute d’avoir pu les capter si j’avais résidé à plusieurs milliers de kilomètres. La chaleur d’une voix bien posée, la structuration par les questions du journaliste, la possibilité d’intervenir en direct, ou en différé, sont autant d’éléments qui s’ajoutent au fait que les spécialistes des émissions radio savent très bien comment préparer une intervention orale. L’enseignant bénéficie de leurs compétences en matière de modulation de la voix et du son empruntées sans doute au monde du théâtre, les pauses sont calculées, prévues. Tout se déroule comme si l’enseignant suivait un scénario vocal, car nous, nous le percevons ce scénario. Le cours de l’enseignant est ainsi mis en scène, et l’enseignant en est lui-même acteur. C’est bien l’inverse de ce que l’on voit en université, quand un enseignant se cache sous sa présentation projetée (cette affirmation ne prétend pas juger du contenu scientifique de la présentation).
En conclusion, on peut se demander si la formation à distance ne bénéficie pas du fait qu’elle recrute sur des critères à dominante pédagogique (souvent parmi des enseignants déjà en poste dans l’enseignement traditionnel), alors que le recrutement pour l’enseignement traditionnel, en milieu universitaire, par exemple, se fait sur des critères plus scientifiques (nombre de publications, par exemple). Ainsi, la formation à distance récolterait-elle le meilleur du corps enseignant ?
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